
Michel Ciment: "Une histoire du cinéma israélien" de Raphaël Nadjari (Arte Vidéo)
De la foisonnante filmographie d’Amos Gitai aux incarnations successives de Ronit Elkabetz, sulfureuse madone à la beauté blessée, en passant par les pamphlets autobiographiques d’Avi Mograbi, le cinéma israélien contemporain suscite à l’étranger, et singulièrement en France, un engouement grandissant – mesuré, entre autres baromètres, au fil des sélections cannoises.
Tous trois figurent, forcément, dans le magistral documentaire en deux volets du cinéaste Raphaël Nadjari, Une histoire du cinéma israélien, diffusé cette semaine par ARTE. En un montage d’une étonnante fluidité pour un propos aussi dense, on a le sentiment de les rencontrer pour la première fois à domicile, dans la diversité méconnue de la société à laquelle ils appartiennent. Car ces extraits d’une quarantaine de films réalisés entre 1933 et 2007, éclairés par les souvenirs et les analyses d’une vingtaine de réalisateurs, producteurs, acteurs, critiques ou universitaires, restituent de façon passionnante la jeune histoire d’Israël et les questionnements toujours renouvelés d’une identité nationale problématique.
SI LOIN SI PROCHE
Un voyage qui débute et s’achève, à soixante-dix ans de distance, sur deux séquences voisines et pourtant opposées : l’euphorie de l’eau qui jaillit sous les mains des premiers kibboutzniks juifs (Avoda, “le travail”, 1935) puis celles d’une famille palestinienne déplacée (Atash, “la soif”, 2004). De la propagande des pionniers du sionisme au présent éclaté d’un pays“traumatisé” dont “tous les monstres refont surface”, selon le mot du cinéaste Judd Ne’eman, Raphaël Nadjari donne à voir et à entendre, sans commentaire ni pédagogie historique, la partie immergée d’un iceberg à la richesse insoupçonnée, pratiquement ignorée en Occident. Et comme dans un miroir, ce cinéma reflète un visage éternellement changeant mais universel, culturellement très proche de l’Europe et indissolublement autre.
“Le propre de la société israélienne est qu’elle est faite de ruptures, d’immigration, résume la cinéaste Keren Yedaya, auteure du très beau Mon trésor (2004) et de Jaffa, qui sortira en France au mois de juin. On nous reproche souvent de ne pas être un peuple. Alors on essaie de se fabriquer une identité, que notre présence ici soit légitime ou non. On peut se demander comment la société garde sa cohésion malgré toutes ses minorités et ses tensions internes. La beauté du cinéma actuel est qu’il commence à donner la parole à toute cette diversité. C’est indispensable si on veut éviter l’implosion.”
Et Amos Gitai de renchérir : “C’est une question de survie. Cette société ne peut survivre qu’en continuant, quelles que soient la douleur et les difficultés, à s’interroger, se remettre en question.”
Après sa trilogie new-yorkaise (The shade, I am Josh Polonski’s brother et Apartment #5C), Raphaël Nadjari a réalisé en Israël ses deux derniers longs métrages de fiction, Avanim (2004) et Tehilim (2007).
Une histoire du cinéma israélien sort
le 10 juin en DVD chez ARTE Éditions.
Source : http://www.artepro.com/fr/services/redirectPDF.jsp?pageTo=/fr_fichiers/bulletin/2009bul21.pdf
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